Tutoriel : comment installer un disque garni Chang-Jiang sur un embrayage de sidecar Ural

La légende dit qu’un embrayage de la marque Ural a une durée de vie entre 20 000 km et 45 000 km. Et si pour la plupart des Uralistes cela peut représenter 8 à 15 ans de balade, cela devient plus problématique pour les gros routards. Et c’est surtout le caractère inopiné de la casse qui laisse pantois. La faute à une dentition pas tout à fait émail diamant. Pour y remédier, plusieurs adhérents de notre Association Ural France ont décidé de tenter l’adoption d’un embrayage d’une marque concurrente : Chang-Jiang. Dans cet article, nous te proposons un tutoriel sur comment remplacer les deux disques garnis de l’embrayage Ural par un disque garni de la marque Chang-Jiang. Bonne lecture et bon bricolage !

Quels sont les problèmes courants rencontrés avec les embrayages Ural ?

Aucun signe avant-coureur avant la casse liée à l’usure

Il faut savoir que sur la plupart des motos quand les garnitures sont rincées, tu ressens un glissement ainsi qu’une perte de couple. Tu sais alors qu’il est temps de mettre les mains dedans. Ce n’est pas le cas pour la version soviétique. En effet, quand ça lâche, il est trop tard, tu es en rade au bord de la route avec un Ural t’offrant une douce sérénade de cliquetis métalliques. Pourquoi donc ? Ce sont les dents qui cassent, pas les garnitures. Et oui, sous le coup des efforts répétés, les cannelures au centre des disques qui glissent sur le primaire de boite s’usent, puis cèdent. Les disques s’usant de la même manière, quand un lâche, l’autre lui emboite le pas dans la foulée.

Disque d’embrayage dont les cannelures ont cédé

L’usure prématurée du primaire de boite

De quoi parle t-on exactement ? Et bien, quand les dents centrales des disques s’usent, un jeu se crée. Ainsi, à chaque décélération ou accélération, ces dentures viennent taper sur les cannelures du primaires de boite. En tout bon cochonium dont il est constitué, il se déforme et présente des marques. Et donc ? Ces creux empêchent les disques de glisser normalement avec, à terme, des passages de vitesse en force.

Pourquoi remplacer les deux disques garnis Ural par un Chang-Jiang ?

A SAVOIR : plusieurs adhérents ont opté pour cet embrayage chinois de la marque Chang-Jiang mais nous n’avons pas encore de retour d’expérience au long terme. La préoccupation étant la suivante : lorsque les garnitures vont s’user, le disque va se rapprocher du carter moteur, et inévitablement, les ressorts axiaux vont finir par frotter. Si l’on réussissait à déterminer l’espace entre ces ressorts et les parois du carter, on saurait de quelle marge de manœuvre nous disposons.

Le disque garni Chang-Jiang permet de solutionner les deux défauts intrinsèques aux modèles Ural en concentrant les portées de contact. Voici les autres avantages :

  • Remplacement des deux disques garnis d’origine par un seul, donc pas de difficulté de centrage des disques garnis et pas besoin de l’outil spécifique
  • Installation facile ne nécessitant qu’une petite adaptation
  • Prix attractif

Photo 4, là tu dois faire un schéma en reprenant le diagramme de la photo 1. Il faut montrer que les disques 3 et 2 sont maintenant solidaires et que les deux disques 1 sont remplacés par l’unique disque chinois. L’ordre (en reprenant les repères du diagramme) devient : 5, 3, 2, Disque chinois, 4, 6.

Pourquoi passer de deux disques d’embrayage à un seul ?

Cela permet de répartir plus uniformément la puissance sur l’axe de primaire de boite et ainsi limiter la déformation des cannelures. En effet, le disque garni chinois présente des dents intérieures longues de 10mm, au lieu de 2 fois 5mm pour le dispositif d’origine. Les efforts sont donc concentrés sur une portée unique plus large.

L’idée est la même lorsque qu’on solidarise le disque plat avec le plateau de fixation. C’est-à-dire ? La portée en contact avec les rainures du volant moteur passe de 2 fois 5mm à une surface unique de 10mm. Sur le papier, on espère ainsi aussi réduire les déformations sur la cloche d’embrayage.

Accessoirement, ce montage permet aussi de créer assez d’espace pour loger les ressorts du disque. En effet, si l’on supprimait complètement le disque intermédiaire plat, alors ils entreraient en contact avec le plateau de poussée.

Le modèle chinois présente un autre avantage majeur : la présence de ressorts

Ces amortisseurs axiaux absorbent les à-coups dans la transmission. Ils complètent ainsi l’action du flector et préservent la dentition du disque. L’objectif à terme ? Obtenir un fonctionnement d’embrayage normal, c’est-à-dire avec des garnitures qui s’usent avant que les dents ne cassent. Croisons les doigts !!

Disque d’embrayage Chang-Jiang

L’embrayage Chang Jiang est à 90% plug & play

Nous, Uralistanais, sommes très peu fans des modifications en tout genre. En effet, il nous semble que tout bricolage maison peut entrainer de nouvelles galères et surtout perdre en compatibilité avec les pièces d’origine de la marque Ural. C’est pourquoi nous essayons de rester au plus proche de l’original avec des modifications appliquées parcimonieusement. Sur l’échelle de la customisation, avec 0 l’Ural fraichement sorti d’usine, et 10 la création franikensteinesque de l’illustre Zorgol, je dirais que nous nous situons à 3,5.

Tout ça pour dire quoi ? Que sur notre Ural Ranger de 2011, passer à un embrayage chinois, c’est presque du tout cuit. Et que si à l’avenir, nous souhaitons repasser au montage d’origine, c’est tout à fait possible. En fait, le remplacement nécessite seulement une “bricole” : solidariser le disque intermédiaire avec le plateau de pression. Mais attention, chaque millésime est différent ! On ne peut donc pas vraiment faire de généralité concernant la facilité du montage. La difficulté ? S’assurer que les ressorts de couple ne frottent nulle part.

Ainsi, il y a deux manières d’installer le mono-disque selon les modèles de sidecar : partie proéminente orientée coté boite de vitesse ou coté volant moteur.

Montage proéminent en direction du volant moteur

Cela convient parfaitement sur notre sidecar Ural de 2011. Rien à modifier. Cependant, les garnitures du disque d’embrayage vont s’user progressivement avec les kilomètres. Les logements des ressorts vont donc inévitablement se rapprocher, à la fois du plateau de pression et du carter de boite. In fine, cela va frotter métal contre métal. Pas terrible… Mais au bout de combien de kilomètres ? L’avenir nous le dira.

Pour retarder ce phénomène, on peut meuler délicatement les pattes des logements de ressorts pour donner un peu jeu supplémentaire. On pourrait également réfléchir à usiner le disque lisse pour donner plus de marge. Bref, il existe des solutions.

Montage proéminent côté boite de vitesse

L’amortisseur de couple va frotter contre un bossage de la boite. Pour palier à cela, certains uralistes ont mis une entretoise pour reculer la boite. Mais dans ce cas, elle risque de ne plus être parfaitement guidée et aussi un tantinet désaxée. Avec à la clé des vibrations et une destruction des roulements à moyen terme (ceux qui ont monté un moteur BMW sur Dnepr ont été confrontés à ce problème).

Tutoriel pas à pas pour remplacer les deux disques garnis d’embrayage Ural par un Chang-Jiang

Liste des outils nécessaires :

  • un jeu de clés plates (8, 10, 12, 13, 17 et 19)
  • un jeu de clés allen
  • un tournevis plat
  • un tournevis cruciforme
  • l’outil Ural pour l’écrou d’axe de roue arrière (22)
  • une pince plate
  • un cric
  • un marteau
  • un outil pour plier les rondelles bloc-écrou
  • un pointeau
  • deux systèmes VER « fait maison » (Vis à tête hexagonale de 13 + Écrou + Rondelle)
  • une brosse métallique
  • de la super glue

Comment solidariser le disque intermédiaire avec le plateau de pression ? 2 méthodes

Méthode 1 : assemblage vissé

Sur le papier, c’est simple, mais sans l’outillage adapté, ça peut vite tourner au massacre (nous parlons en connaissance de cause). La méthode ?

  • 1 – Maintenir solidement les deux disques ensemble grâce à une pince étau. On s’assure alors que les cannelures soient parfaitement alignées !
  • 2 – Réaliser un trou en 7mm, à travers l’ensemble, au centre de chaque logement accueillant les ressorts sur le plateau de pression. Perceuse à colonne obligatoire sinon tout part de travers (encore une fois, on s’en est assuré personnellement).
  • 3 – Une fois les 6 trous réalisés, on désolidarise les deux disques.
  • 4 – On reperce le plateau de pression en 8mm au lieu de 7mm.
  • 5 – On taraude les trous présents sur le disque lisse intermédiaire (au pas correspondant, cela va de soi). Il est crucial de débuter avec une perceuse à colonne afin de s’assurer de la verticalité du filet.
  • 6 – Il n’y a alors plus qu’à lisser 6 vis BTR de diamètre 8mm et d’une longueur de 1cm pour maintenir les deux disques ensemble. On ne lésine pas sur le frein filet pour éviter que les BTR ne partent en expédition dans la cloche d’embrayage.
  • 7 – Il n’y a plus qu’à s’assurer que la surface du disque plat soit lisse. En effet, les percements peuvent générer des copeaux. Un ébavurage en bonne et due forme est donc requis, voire même un léger chanfreinage pour les perfectionnistes.

Voilà, rien de sorcier. A quoi faut-il prêter attention ?

Le choix de la vis BTR peut paraitre anodin mais il ne l’est pas. En effet, il faut être vigilant quant à la qualité du métal. Comment savoir ? En lisant la classe de résistance qui est symbolisée par deux nombres figurant sur la tête de vis. Nous concernant, nous avons opté pour l’artillerie lourde, à savoir du 12.9. Mieux vaut prévenir que guérir.

ATTENTION : il est possible que cet assemblage vissé prenne du jeu en rotation. En effet, si les vis se desserrent légèrement, le plateau de pression ne sera plus solidaire du disque intermédiaire.

Méthode 2 : assemblage soudé

Solution radicale, elle a le mérite d’évacuer la possibilité qu’une vis prenne du jeu. Cette méthode a aussi l’avantage d’être rapide, pas cher (+-30€) et elle requiert un tantinet moins de précision. On ne dit pas que c’est pour les bourrins mais quand même. Son défaut majeur ? C’est la déformation. En effet, sous l’effet de la chaleur, l’ensemble va se déformer. Pour redresser l’ensemble, une presse de 2,5 tonnes fait parfaitement le boulot (on t’a dit que cette version était moins « délicate »).

Comment monter un embrayage Chang-Jiang sur un sidecar Ural ?

1- Démonter l’embrayage du sidecar. Vous trouverez toutes les étapes du démontage dans notre tutoriel : comment changer l’embrayage d’un sidecar Ural.

2 – Ton assemblage plateau de pression / disque intermédiaire est le premier de cordée. Mais ? Les ressorts vont inévitablement tomber sous l’action de cette satanée gravité. Un souci rapidement résolu grâce à un léger point de glue pour les coller. ATTENTION, il est impératif d’utiliser les ressorts d’embrayage Ural de 34 mm car les modèles Chang-Jiang sont trop longs.

3 – On passe ensuite au disque made in China. Attention, il n’est pas symétrique. Il faut donc faire attention à présenter la face avec les ressorts proéminents côté moteur. L’étape suivante relève de la jongle car il faut venir placer le plateau de fixation tout en maintenant le sandwich en place.

4 – On remet en place le petit dispositif vis-écrou-rondelle, le VER pour les intimes, toujours en opposition. En vissant le boulon intermédiaire, le plateau de fixation se rapproche du volant moteur. On peut alors mettre en place toutes les vis de “Schrödinger” en n’oubliant pas de les pointer. Un filet de loctite ? N’y pense même pas ! Ton toi futur te haïra.

5 – L’embrayage est en place. Il n’y a plus qu’à suivre les étapes du démontage dans le sens inverse. Le seul moment un tantinet relou ? Lorsqu’il faut replacer le bout de la tige de poussée d’embrayage dans le trou en forme carré au centre du plateau de pression. Chacun a sa méthode. L’essentiel étant de bien sentir quand elle avance de 1 centimètre, signe qu’elle est rentrée dans son logement.

6 – Un dernier conseil ? Pense à bien ajuster la garde à l’embrayage.

—–> Télécharger le PDF de ce tutoriel

Un grand merci à Jérémy d’Uralistan et Laurent Daullé pour avoir partagé ce tutoriel sur comment remplacer les embrayages Ural par ceux de la marque Chang-Jiang. Les adhérents ayant déjà fait la transition, n’hésitez pas à partager vos retour d’expérience en commentaire ou sur le forum de notre association.

Si vous souhaitez trouver d’autres tutoriels, allez faire un tour dans la rubrique « mécanique » du site internet de notre association.

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