La légende veut qu’un embrayage de la marque Ural ait une durée de vie entre 25 000 km et 45 000 km. Les plus chanceux auraient même passé le cap des 60 000 km ! Conduite du pilote, chargement, types de route empruntés, incantations chamaniques, vodka dans l’essence… Les raisons sont nombreuses ! Une chose reste invariable, les disques ne préviennent jamais avant de rendre l’âme. Une demi journée de mécanique est nécessaire pour opérer le remplacement, si l’on se débrouille bien. Dans cet article nous t’expliquons comment changer l’embrayage d’un sidecar Ural.
Où se cache l’embrayage sur un sidecar Ural ?
Il est placé entre le moteur et la boite de vitesse. Côté moulin, il se prend sur les cannelures du volant moteur (qu’on peut aussi appeler cloche d’embrayage), et de l’autre côté, la puissance de rotation est transmise au primaire de boite.
Quels sont les éléments composant l’embrayage d’un sidecar Ural ?
Passons en revue les éléments composant ce mécanisme, et profitons en pour nommer chacun d’entre eux afin que la suite de l’article soit d’une clarté cristalline. L’embrayage Ural est fidèle à la conception soviétique simpliste : à sec, sans action hydraulique, capteur, anti-driblle, ni autre fioriture moderne. Il se compose de seulement quelques éléments : 2 disques garnis, 1 disque lisse intermédiaire, 1 plateau de pression avec ses 6 vis de “Schrödinger”, 1 plateau de fixation, 6 ressorts d’embrayage, 1 tige de poussée (non représentée sur le diagramme ci-dessous).

Comment l’embrayage d’un sidecar Ural fonctionne-t-il ?
Le rôle du plateau de fixation, l’unique élément “immobile”
Il est simple : encapsuler le sandwich de disques dans le volant moteur. Il en est solidaire. Il ne s’agit ni plus ni moins d’un couvercle, fixé à la cloche au moyen de 6 vis, BTR ou fendues selon le millésime du trois pattes.
En temps normal, c’est-à-dire embrayé
Les ressorts poussent sur le plateau de pression qui comprime les 3 disques contre celui de fixation. Il n’y a pas de glissement. Dans cette configuration, le volant moteur entraine l’ensemble de ce « sandwich » via leurs cannelures extérieures. La puissance de rotation est alors transmise au primaire de boite grâce aux cannelures centrales des deux disques garnis.
Lorsque l’on embraye
Par un rudimentaire système de biellette, lorsque le levier au guidon est actionné, la tige de poussée se déplace en avant. Elle vient agir sur le plateau de pression « annulant » la force des ressorts, ce qui décomprime le sandwich. Le plateau de pression et le disque plat sont alors toujours mus par le volant mais ils n’entrainent plus les disques garnis. Ainsi, la moitié des éléments tournent au régime moteur et l’autre au rythme du primaire de boite.
Comment changer l’embrayage d’un sidecar Ural ?
Liste des outils nécessaires :
- un jeu de clés plates (8, 10, 12, 13, 17 et 19)
- un jeu de clés allen
- un tournevis plat
- un tournevis cruciforme
- l’outil Ural pour l’écrou d’axe de roue arrière (22)
- une pince plate
- un cric
- un marteau
- un outil pour plier les rondelles bloc-écrou
- un pointeau
- deux systèmes VER « maison » (Vis à tête hexagonale de 13 + Écrou + Rondelle)
- un outil de centrage des disques d’embrayage (outil dédié, ou vieux primaire de boite, ou outil serre-rayon Ural)
- une brosse métallique
- de la super glue
Comment démonter l’embrayage d’un sidecar ?
Allez, c’est le moment de mettre les mains dans le cambouis. Pour changer ton embrayage, il y a deux écoles : tomber le moteur ou “seulement” démonter la boite de vitesse. Pour ce qui nous concerne, les uralistanais, nous privilégions l’attaque par le train arrière, en laissant le moulin en place. Cela présente quelques subtilités mais globalement, l’opération est rapide et peut s’effectuer en une après-midi si on se débrouille bien. Si vous préférez déposer/reposer l’ensemble complet moteur boite, ce sera plus facile si vous utilisez un palan. Cela simplifie la mise en place des ressorts et de la tige de commande, et pas besoin de démonter le bras oscillant.
1 – Sur notre Ural Ranger de 2011, il est impossible de sortir la boite sans déboiter le bras oscillant. La faute à quoi ? Au manque d’espace au niveau du flector. Nous débutons donc par là. Ural sur cric, il faut ôter la roue arrière, desserrer le soufflet de cardan, dévisser la commande de frein arrière, déconnecter la biellette de 2WD, dévisser les 4 gros boulons du pont pour le sortir. Attention, il va pisser de l’huile alors évite de le poser sur ton tapis en lin préféré.






2 – Il faut maintenant déboiter le bras oscillant. Pour cela, il suffit de sortir les deux vis-écrous qui le maintiennent au cadre. Attention, ta dextérité sera mise à rude épreuve pour maintenir le boulon côté intérieur lors du desserrage. Puis reculer le bras qui est alors maintenu seulement par les suspensions.



3 – A l’aide d’un tournevis plat, sortir la fourchette de transmission côté pont du flector. Il est important que ledit flector reste emmanché sur la boite afin d’avoir l’espace suffisant pour la sortir.
4 – Il est temps de déconnecter tout ce qui relie la boite de vitesse au reste de la bécane. Là, il faut soit avoir une bonne mémoire, soit prendre des photos. On ôte dans l’ordre : pipes d’admission, boite à air, démarreur, câble d’odomètre, de mise à la masse de la boite, celui de contacteur de neutre, biellette d’embrayage, tige de poussée, ressort de frein arrière situé tout en dessous, écrou de 13 placé à gauche du bouchon de vidange. Il ne reste plus alors qu’à enlever une vis BTR qui se terre sous la culasse droite au niveau de l’embase.









5 – Notre astuce pour sortir la boite de vitesse sans trop galérer ? Se positionner torse sur la selle, main droite tenant le levier de marche arrière, main gauche sur le sélecteur de vitesse. On gigote alors le tout en tirant vers l’arrière. Une fois le primaire complètement sorti de l’embrayage, on peut exfiltrer la boite par le côté gauche (bah oui, de l’autre côté, il y a un panier).
6 – Place à la partie « marrante » : sortir les vis d’embrayage. Étape qui peut prendre 10 minutes si tout va bien, ou 1 heure et 2 litres de sueur. Nous les surnommons affectueusement vis de “Schrödinger”, car leurs têtes sont à la fois en bonne santé et potentiellement prêtes à foirer complètement. On ne découvre la surprise qu’en essayant de dévisser. Et si les empreintes BTR sont plutôt fiables, celles à tête fendue ont vraiment un taux de survie au démontage de 50%. Bref, comment ne pas se louper ? En commençant par les dépointer correctement. Puis il faut se munir d’une clé allen ou d’un tournevis plat de qualité allemande, inspirer profondément et dévisser fermement sans hésiter. On commence par enlever la première puis celle en opposition. On les remplace par 2 système VER « fait maison » (vis + écrou + rondelle) permettant de maintenir le « sandwich » des 2 plateaux et 3 disques. Puis on enlève les 4 autres vis. Enfin, on ouvre progressivement le sandwich en dévissant l’astucieux dispositif VER. Tadam, l’embrayage est démonté !



Comment monter les nouveaux disques d’embrayage d’un sidecar Ural

1- Place au remontage ! On commence par mettre un petit point de glue entre les ressorts et le plateau de pression pour que tout tienne en place lorsqu’on les présentera verticalement.
2 – On prépare le sandwich, dans le bon ordre et avec tout à portée de main. On attaque en insérant le plateau de pression. A quoi faut-il faire attention ? A ce que les ressorts soient bien en face de leurs logements dans la cloche d’embrayage. Le plateau de pression en place, on passe au premier disque garni en l’orientant dans le bon sens, puis au plat intermédiaire, le 2ème garnis, et enfin le plateau de fixation. Il faut alors insérer deux petits montages Vis-écrou-rondelles pour maintenir le sandwich en place.

3 – Et maintenant ? Avant d’insérer les vis d’embrayage, on veut s’assurer que les dents intérieures des disques garnis soient alignées. Sans quoi, il te sera impossible d’y glisser l’axe de boite. Pour cela, tu as 3 moyens possibles : grâce à un dispositif de centrage dédié, en te servant d’un vieux primaire de boite ou simplement en utilisant l’outil serre-rayon de la trousse à outils Ural.



3 – Une fois les disques alignés, tu peux serrer le plateau de fixation, visser les vis d’embrayage, les pointer et le tour est joué.

4 – Tu n’as plus qu’à suivre toutes les étapes du démontage dans l’ordre inverse pour tout remonter. La seule difficulté ? Positionner correctement la tige de poussée d’embrayage. En effet, son embout carré doit venir se loger au centre du plateau de pression. Plus facile à dire qu’à faire car tout se fait à l’aveugle, au doigté. La méthode idéale ? Se servir d’une pince plate à très long bec afin de pouvoir orienter la tige facilement. L’essentiel étant de bien sentir quand elle se déplace d’un centimètre en avant. Signe qu’elle est en place.

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Un grand merci à Jérémy d’Uralistan pour avoir partagé ce tutoriel sur comment changer l’embrayage d’un sidecar Ural. N’hésitez pas à partager vos retour d’expérience et vos conseils en commentaire ou sur le forum de notre association.
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