Voyage en sidecar Ural au Maroc

Sylvie et Denis, un couple d’adhérent de notre association, nous raconte leur voyage en sidecar Ural au Maroc. Et ici, c’est Sylvie qui pilote et raconte ! Un grand merci à eux pour leur partage.

La genèse d’un voyage : pourquoi partir au Maroc ?

Mais surtout, ce qui me pousse à le réaliser avec une motocyclette à panier adjacent. J’ai toujours été fascinée par cet engin et, même dans le garage, j’avais l’impression que l’aventure m’attendait. La préparation est déjà une aventure : lecture des cartes et choix de l’itinéraire. Mais surtout, prendre le bateau.

Entrer d’une manière feutrée, avec lenteur… mais cela fut surtout cinq heures de pluie battante entre le sud de la France et le port de Gênes. Le voyage se différencie des vacances, selon Nicolas Bouvier, car nous devons être bousculés et sortir de notre zone de confort. Cela commence par un message de la compagnie GNV annonçant que le bateau aura 24 heures de retard, et par le pilotage de l’engin sous une pluie diluvienne.Trempée jusqu’aux os, avec une combinaison de pluie qui n’est plus étanche. Je n’avais pas intégré dans mon schéma mental que les oasis et le désert n’étaient pas encore là. Les dunes se méritent.

Les interrogations se dissolvent quand je suis dans la file des motos qui attendent pour l’embarquement. Bien sûr, j’observe une longue file de BMW GS avec des hommes habillés comme des armures. Je suis une curiosité, et l’effet side-car est immédiat. Je constate que je suis la seule femme dans cette longue colonne masculine. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer, car tous ces pilotes viennent contempler cet objet d’un autre temps.

La navigation est un rêve et je débarque au milieu de la nuit au port de Tanger Med. D’une manière naïve, je pensais débarquer comme au XIXe siècle, face à la médina, et arpenter les ruelles de la vieille ville. Rien ne pourra stopper ma bonne humeur. Les 60 km en pleine nuit pour rejoindre la maison d’hôtes glissent dans la douceur du climat marocain.

L’itinéraire se fera à l’instinct, mais surtout au rythme du boxer.

Pourquoi tant de pilotes s’acharnent-ils à pousser cet antique bicylindre à plus de 80 km/h ? Pourquoi ne pas lire le manuel du propriétaire ? Cet engin n’est pas fait pour rouler vite, ni pour rouler plus d’une heure d’affilée, et a besoin de 20 minutes pour que ses cylindres soient chauds.

Alors nous partons vers Chefchaouen, la ville aux volets bleus. C’est une étape très courte, mais qui permet de me familiariser avec la conduite marocaine. Je n’arrête pas de me faire klaxonner. Les chauffeurs me dépassent avec des gestes d’hilarité. Je réalise que c’est le side-car qui suscite ces réactions d’étonnement.

Les petits hôtels sont faciles à trouver et je bâche systématiquement la machine, pour la sécurité mais surtout pour la préserver des rayons du soleil. Peu de propriétaires de véhicules réalisent que l’un des ennemis les plus redoutables est constitué par les rayons UV ainsi que par l’abrasion du sable. Mon side-car, je l’aime ; je le conserve car j’imagine un jour mes petits-enfants dans le panier. Les routes sont pittoresques, et un temps fort reste l’arrivée au soleil couchant aux ruines de Volubilis.

Mais, je ne peux pas passer sous silence un fait qui aurait pu être dramatique. Le Maroc n’est pas que beauté et enchantement. Derrière la carte postale, il y a une misère et des incivilités comme dans tous les pays.

Des jeunes nous ont lancé une pierre quand nous passions un village. Le bruit a été assourdissant et nous n’avons pas tout de suite réalisé que c’était un énorme caillou lancé à pleine vitesse. La pierre a rebondie sur le sidecar mais le bruit de tôle ne laissait aucun doute sur l’origine du bruit. Nous nous arrêtons après un moment de flottement. Les jeunes étaient déjà en train de déguerpir. La pierre a touché le garde-boue du panier. Il y a une bosse et la peinture est endommagée. Si j’avais pris cette pierre dans le visage, je pense que j’étais défigurée et le voyage était terminé. Nous avons signalé ce fait à la Gendarmerie Royale, puis nous avons continué notre voyage.

Nous sommes restés sur nos gardes jusqu’à la fin du périple sous surveillance du passager du panier pour anticiper un lever de bras hostile. C’est donc une force du sidecar de pouvoir guetter la route. Avec une moto, le coup peut partir sans que l’on puisse l’éviter, avec traitrise dans le dos. Cette technique a prévenu un autre drame, mais cette fois d’une manière surprenante, venant d’une jeune fille toute tranquille au bord de la route.

Le voyage se poursuit sur de belles routes en direction de Marrakech. Je ne vais pas vous décrire les paysages, mais je m’aperçois qu’une goutte d’huile vient salir ma chaussure. Je me contorsionne sous la moto et je serre le bouchon de vidange. Cela semble réglé, mais au fur et à mesure du voyage, les gouttes deviennent plus importantes et je n’arrive pas à identifier la fuite, le niveau d’huile étant sensiblement le même.

Comme si cela ne suffisait pas, le témoin MIL (malfunction indicator lamp) et le MES (système de gestion du moteur) me font des signes. Jamais je n’avais eu un tel message. Les embouteillages en plein soleil pour sortir de Meknès sont la cause d’un mauvais refroidissement du boxer. C’est un avertissement que me donne mon Ural : ne pas rouler plus d’une heure et faire une pause thé à la menthe, quoi qu’il en coûte. Il ne faut pas être pressée et respecter la philosophie d’une motocyclette équipée d’une nacelle latérale.

Cette moto a fait Stalingrad et la campagne de France ; ce n’est pas une goutte d’huile qui va perturber le voyage. Alors direction Ouarzazate. Rien que le nom me fait rêver. Je ne réalise pas que je pilote cet engin improbable dans les lacets et les cols. La couleur ocre et les portes du désert sont la récompense après 200 km de routes sinueuses pour franchir les montagnes de l’Atlas. Le bon rythme, c’est bien 200 km par jour pour respecter le moteur. Je ne suis pas pressée, et le bruit de machine à coudre du boxer est régulier et sans à-coups. Il grimpe paisiblement sans faiblir jusqu’à 2000 mètres d’altitude, et jamais je ne suis en surrégime. Le grand style en passant les vitesses, même si un peu de souplesse serait bienvenue. Parfois, je dois avouer que je cherche la cinquième vitesse.

La promenade idéale, c’est celle où l’on ne sait pas où l’on va. Au Maroc, tout semble simple et rassurant. Je ne peux pas me l’expliquer. Je n’ai pas peur de la crevaison ni d’arriver dans un village sans réservation d’hébergement. Pour le moment, je goûte au plaisir de rouler le nez au vent et de m’émerveiller devant des paysages simples et intacts. Pas de panneaux publicitaires, pas de radar, juste le bruit envoûtant du boxer.

Rouler en Ural est une errance surréaliste. C’est la première fois que j’ai la sensation de suivre des destinations inconnues. Pour Henry de Monfreid, cette odyssée serait bien ridicule. Pour moi, la route goudronnée avec comme direction Ouarzazate est un périple. Pourtant, cet état de grâce va se briser quand je coupe le moteur devant mon hébergement : la goutte d’huile vient de se transformer en flaque visqueuse dans le sable. Je ne suis pas mécanicienne, mais un moteur sans huile n’est pas une situation d’avenir. Aux portes du désert, il faudra prendre une décision. La fuite provient du joint moteur, et l’infiltration vers l’embrayage n’est plus qu’une question de temps. J’ai de l’huile. Le seul risque sera de changer l’embrayage.

Je décide de continuer avec un retour sur Marrakech. La magie opère, avec l’aide de Marrakech Insiders, spécialiste des promenades en side-car. Ils me donnent l’adresse d’un ancien mécanicien qui s’occupait des motos de la police marocaine. Personnage atypique : moto démontée à même le sol. Cela fait drôle de voir le side-car éventré pour changer un joint à 3 euros.

La notion de liberté ne peut être complète sans une bonne gestion des bagages.

Le side-car était trop chargé avec cette idée d’expédition. C’est le piège que les photos ne vous expliquent pas. Il faut s’alléger, et ce principe s’applique de la même manière dans la vie. Voilà aussi les bienfaits du voyage : cela bouscule vos certitudes et il faut qu’il vous change.

Le Maroc peut vous apporter cette légèreté. Je peux même dire : mieux qu’un voyage dans notre pays. Je n’ose pas imaginer une panne un vendredi après 17 heures ou quelqu’un qui m’aide pour une crevaison. Je ne peux pas non plus écarter la question financière.

J’ai pu laisser une partie des bagages chez des amis, et c’est seulement à ce moment-là que je me suis sentie légère. Pourquoi tant de choses dans ma trousse de toilette ?

J’aime m’arrêter devant un restaurant ou un bar de village, regarder les grillades sur les braises. Je réalise que cela n’est plus possible en France. Le stationnement est un cauchemar et rien n’est pensé pour le side-car. L’insouciance d’une France des années 60 est révolue. Vous serez verbalisé si vous êtes sur le trottoir et loin des yeux de votre chargement.

J’ai fait réaliser une bâche par un artisan local, sur le modèle Ural d’origine, mais avec une épaisseur de tissu et des anneaux tout le long pour mettre un cadenas ou un fil d’acier. C’est comme si votre Ural était ensuite dans un cocon. J’ai acheté le coffre à trésor en aluminium proposé dans le catalogue Ural. Je le trouve beau, et il n’était pas possible de casser la ligne de cette œuvre d’art par un top case en plastique. Il faut que rien ne dépasse. Il faut que les étapes ne soient pas une corvée avec un déballage d’affaires. Je confesse que c’est très difficile, et les départs se font toujours avec un double aller-retour entre la chambre et le side-car. J’ai installé une boule à l’arrière du panier (toujours un accessoire d’origine, bien sûr) et j’ai testé le porte-valise : une petite grille qui ressemble à une grille de BBQ que l’on peut voir sur les motos-taxis Goldwing.

Alors pourquoi partir au Maroc ?

Est-ce une solution de facilité, ou simplement faire comme tout le monde ? Le voyage en side-car est une niche, avec cette image des concentrations hivernales d’hommes barbus, principalement. Comment faire changer cette image, montrer que le side-car est un art de vivre et encourager les femmes à conduire cet objet de désir ?

Le temps passe et il faut penser à remonter vers Tanger. La route est monotone, mais je ne veux pas prendre de risques… De retour en France, il ne reste plus qu’à prendre rendez-vous chez Classic Bike Esprit à Saint-Rémy-de-Provence. Sarah a remis les clefs de la concession à un autre passionné que nous allons découvrir. C’est une page qui se tourne et nous prenons l’occasion de cet article pour le dédier à son mari qui nous a quitté il y a peu.

Un grand merci à Sylvie pour avoir raconté son roadtrip en sidecar. Si vous aussi vous avez fait un beau voyage en Ural et que vous souhaitez le partager, contactez-nous par email ! Il suffit de nous envoyer dix à vingt photos ainsi qu’un texte de préférence de plus de 800 mots (ou de répondre aux questions de notre interview). Nous nous occupons de la mise en page et de la publication sur le site internet de l’association.

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