Voyager en sidecar Ural, c’est possible ? Mais bien sûr, c’est même une expérience jubilatoire ! En plus de pouvoir rouler sur n’importe quel type de terrain, l’Ural est un véhicule atypique générateur de rencontres et de sourires. Toujours pas convaincu ? Laissons place aux spécialistes du sujet : les voyageurs sidecaristes.
Le roadtrip en solo de Ludovic au Maroc en sidecar Ural
Ludovic a répondu à l’appel du désert et de la montagne… Fin février 2025, il est parti pour un voyage de 10 jours en sidecar Ural au Maroc ! Il nous raconte tout cela dans cet article. Un grand merci à lui de partager avec nous ses aventures.
Le pourquoi du voyage
Motard depuis 50 ans avec quelques interruptions. Attiré par le side-car et le voyage après de nombreuses lectures des récits de feu Hubert KRIEGEL sur son site internet. Converti au side-car après un accident de scooter, avec un argumentaire sur la plus grande stabilité du side-car.
Après avoir tourné en rond en Ile de France puis en grand rond dans les Pyrénées, je me suis dis que tant que je suis encore en bonne santé (après un petit cancer), il fallait faire un voyage.
Les négociations familiales étant ce quelles sont, j’avais une fenêtre de 17 jours, la vitesse de nos chères Ural étant ce qu‘elle est, je ne pouvais pas envisager un voyage lointain avec une traversé de la France en une journée et de l’Europe en deux jours :=). Il me fallait une destination pas trop loin et très dépaysante.
Le Maroc coche toutes les cases avec le désert et la montagne (la mer se sera pour le prochain voyage) avec 2 jours pour traverser la France (300/400 km par jour un objectif raisonnable), une traversée en bateau sympathique et des formalités administratives réduites.

Partir seul était par ailleurs une envie claire après une période assez active en début de retraite. Être totalement libre de son temps et de son itinéraire ne mettait pas arrivé depuis un moment et me plait vraiment . Bien sûr, j’ai pensé aux éventuels problèmes de pannes (non, jamais en Ural), d’accident ou de santé qu’il est plus facile de gérer à plusieurs ou avec une organisation qui vous chaperonne, mais bon… Toujours en référence à mon “guruji” Hubert, je me suis dit que la solitude et ces “dangers” faisaient partis du pack. Et que par ailleurs, s’il fallait que je trouve le copain dispo sur la période, supportable h 24 sur plus de 20 jours, ayant une moto ou un sidecar roulant comme le mien, je ne partirai jamais…
Ma monture, mon sidecar Ural…
Modèle de 2007 à carbu, ça consomme un peu plus mais c’est plus simple à réparer. Une roue motrice, lorsque que je l’ai acheté le vendeur m’a vendu le fait que le 2WD :
- sert peu (pas utilisable sur route)
- est plus compliqué en termes mécaniques.
Je l’ai cru et je ne le regrette pas du tout (notamment pour démonter les roues). Dans mon voyage seul, je n’avais pas vraiment intérêt à faire le cake sur des pistes rocailleuses ou sableuses et encore moins dans les dunes. Donc en terme technique mon Ural 1WD était parfaitement adapté.
Son autonomie était largement suffisante (200/250 km) car il y a des stations essence partout au Maroc et j’avais un petit jerrican de 5 litres fixé sur la caisse; L’autre seule modification était l’ajout d’un pare-brise plus confortable malgré ma vitesse limitée.
La caisse du sidecar m’a permis de charger :
- un fourbi largement inutile notamment avec du matériel de camping (tente, matelas et même réchaud) que je n’ai pas utilisé car au Maroc en février/mars on trouve toujours un hôtel ou une auberge correcte et il fait froid le nuit
- un fourbi bien appréciable, des vêtements chauds, des chaussures de marche ET un peu de nourriture fort appréciée lors des étapes pendant le Ramadan
Seul champs d’amélioration envisagés pendant mes heures de roulage :
- une selle plus confortable
- de meilleurs amortisseurs (Je pense à des Shock Factory)
Mon trajet : 10 jours au Maroc
Paris – Sète
Paris – Sète par nationale puis un petit morceau d’autoroute, en revenant vers la moto, je vois que mon bouchon de pont arrière n’est plus là. Panique ! Il me reste 350 km avant Sète et il ne faut pas que je loupe le bateau demain.
- Premier réflexe : je bouche le trou avec du gaffer pour ne pas perdre de l’huile (toujours avoir du gaffer sur soi !)
- Deuxième réflexe : message à la communauté Uralistique sur Facebook (toujours avoir un téléphone avec internet sur soi !)
ET je reprend la route vers Clermont-Ferrand.
- Miracle 1 : un uraliste me répond qu’il a “quelques pièces de Ural” et peut-être un bouchon.
- Miracle 2 : il est à 5 km de l’hôtel dans lequel je me suis arrêté. Le lendemain matin 9h, je suis chez lui.
- Miracle 3 : son garage est une vrai caverne mécanique pleine de trésors, notamment de motos et de pièces et il est tourneur-fraiseur avec tout le matériel idoine. Un vieux boulon et quelques minutes entre ces mains magiques, son tour et sa fraiseuse et j’ai un nouveau bouchon de pont ! Mille Mercis à lui. Un petit café et je repars.
Traversée Sète – Nador : jolie méditerranée, public assez folklorique
Arrivée à Nador, puis un peu d’attente à la douane. Le douanier : “Vous avez un Drone” Réponse “Non” “OK Circulez”
Amusant : à la douane un préposé (soit un douanier en civil, soit un agent de nettoyage) regarde longuement l’Ural et me dit : « Moto Hitler ! » Je ne saurais jamais si dans sa bouche, c’est un compliment ou une insulte :=) mais dans le doute j’ai préféré ne pas insister… L’Ural appelle l’Histoire.
Sortie du port : je me gare pour aller retirer des Dirhams et acheter une carte de téléphone. A mon retour, attroupement autour de l’Ural. Deux français enduristes en KTM et Husqvarna, me félicite pour mon sidecar et me disent en plaisantant qu’ils ont fait la révision et qu’il lui manque un écrou de fixation d’un amortisseur avant. Encore Mille mercis à eux. Je fais un tour dans Nador, trouve un mécano et un traducteur, le mécano qui doit avoir 14 ans trouve un écrou adapté, resserre le tout et c’est parti !

Descente vers le Sud, objectif Merzouga
J’avais décidé d’aller d’abord vers le désert et compte tenu de mon calendrier « tendu », il me fallait descendre vers le Sud rapidement. Donc dès l’arrivée à Nador, objectif le sud Merzouga sans détour touristique.
1ère étape après la ville de Guercif : Mahirija , Auberge Camping (Benyacoub), il a des chambres libres, le sol est dur, il fait froid. Je décide de prendre une chambre, le soir première tagine réconfortante.
2ème étape Midelt : la capitale des pommes, petite ville sympa, petit hôtel sympa, 2ème tagine
3ème étape Merzouga : désert rocailleux, puis premier oasis. Tempête de sable sur une plaine (découverte pour moi), on y voit pas à 20m mais l’Ural reste stable. Puis une grande dune rouge Le rêve est là (Erg Chebbi) ON Y EST !!!


Auberge du Petit Prince très sympa et juste au bord du désert. Grande promenade à pied dans les dunes (un peu peur des Quads et autres engins mais ça va). Puis, nuits dans le désert dans un PETIT Bivouac de 5 tentes avec une petite famille hongroise, je suis très heureux d’avoir évité les gros bivouacs avec plusieurs de tentes et la musique gnaoua jusqu’à tard dans la nuit. Puis retour à l’auberge.



Retour en Uralie, c’est la panne
Pendant que je charge la moto, je laisse le robinet d’essence ouvert. Comme d’habitude je donne quelques coups de kick sans mettre le contact pour amener l’essence au carbu, puis je rebricole sur mon chargement. Je retente quelques coups de kick cette fois avec le contact, kick bloqué. Panique ! Puis très bêtement un coup de démarreur, démarreur ne tourne pas. Re-Panique !
Démontage bougies, essence dans cylindre. Remontage bougie le moteur ne tourne toujours pas.
Re- Panique. Il est 9h et je voulais partir pas trop tard… Message à la communauté Uralistique sur Facebook. Réponses dans la matinée (Merci à tous), mais avis divergents : démarreur bloqué, boîte bloquée, alternateur bloqué…
Démontage du démarreur qui n’a pas l’air bloqué mais ne bouge pas beaucoup, le gros volant moteur avec l’engrenage vers le démarreur pas contre ne tourne pas, à priori ça se passe là et ce n’est pas la boîte de vitesse.
Mon “aubergiste” vient me voir et me propose d’appeler un mécano qu’il connait et qui est très bon pour les quads. 13h, le mécano se pointe avec son pick-up, m’écoute, (en fait il parle plus espagnol que français), regarde, réfléchit… Puis me propose d’amener l’Ural à son atelier où il a tous les outils pour démonter et travailler.
Inch Allah, de toute façon pas le choix ! C’est parti vers la “banlieue » de Merzouga, chez Saïd. Atelier très simple mais moderne et bien aménagé. Saïd essaie de faire tourner le volant moteur avec un gros tourne-vis, ça tourne un peu. Puis sur mes conseils (suite à une consultation amicale Ural facebook), il démonte les périphériques électriques. Tous ont l’air OK. On passe alors à la logique mécanique pure (merci Saïd) : si on veut comprendre, il faut démonter.
Cylindre gauche, ça va c’est accessible. Cylindre droit il faut démonter le panier (1/qui est chargé 2/j’ai peur de perdre les réglages de carrossage et alignement), mais pas le choix… Démontage du side.

Diagnostic le piston droit est bloqué parce que la bielle est légèrement tordue. Saïd réfléchi et va faire un dépannage. Il y a beaucoup de quads, de grosses trails et d’enduros dans la région et les mécanos sont fort sollicités. Saïd revient vers 17 h, et réfléchi à nouveau.*
Je me sens impuissant et échafaude des scénarii pour récupérer une bielle ou ramener l’Ural à Tanger en camion et la pousser dans le ferry… Petit contrainte locale, au Maroc on doit ressortir du pays avec le véhicule avec lequel on est rentré. Je ne pourrais pas repartir en France en laissant le sidecar ici et revenir dans quelques temps avec une bielle neuve. Ce qui à ce moment me semble le plus raisonnable. Saïd réfléchit fait un autre dépannage et revient.
Mon aubergiste est revenu pour voir où on en était. Saïd réfléchit… Il a peut-être une solution pour redresser la bielle. Il essaiera demain. Mon aubergiste me ramène au Petit Prince. Nuit de repos, un peu angoissé. Il faut que je sois à Tanger dans 5 jours et pas l’ombre d’une solution.
Le lendemain matin l’aubergiste me ramène chez Saïd. Celui-ci sort un décapeur thermique pour chauffer la bielle, monte un dispositif de tension avec un cric et des sangles. Puis coup de téléphone, nouveau dépannage. Il revient en fin de matinée et se met au boulot sur l’Ural. J’ai une immense admiration pour les gens qui font bien un truc. Là, je regarde avec admiration et angoisse Saïd qui patiemment chauffe la bielle et tend les courroies… Rechauffe la bielle et retend les courroies.
Après cycles et plusieurs mesures au pied à coulisse et réglets, Saïd parait satisfait de la “métrologie” obtenue et décide de remonter le cylindre. Je fais un tour d’essai sans le panier. Je découvre que l’Ural est horrible à conduire sans le side et ne tourne pas (probablement les pneus plats). Mais le moteur tourne très bien ! Retour chez Saïd. Remontage, paiement et gros remerciement ! Retour au Petit Prince pour une dernière nuit à Merzouga.
Et c’est (re)parti direction Midelt et pour la traversée du moyen Altas !
Compte tenu des délais, je décide de renoncer à la vallée du Dades et à Ouarzazate. A Midelt, je comptais me ressourcer avec un super couscous, mais le resto que je visais est fermé à midi pour cause de Ramandan. Donc petit gâteaux secs et dates au menu (merci le sidecar et sa soute à provision). Je reprends la route. L’Ural marche parfaitement. Paysages magnifiques de plaines désertiques avant la montagne que l’on voit au loin, je suis heureux…
Il se met à pleuvoir violemment. Au bout d’un moment pour éviter d’être trempé et frigorifié, je décide de m’arrêter pour me changer, mettre mon téléphone à l’abri de la pluie dans un petit sac de congélation, manger un peu et peut-être repartir sans la pluie. Plaine désertique donc pas d’abri, pas d’arbre.
Finalement, je vois un chantier avec un grand bâtiment en construction et 4 panneaux solaires qui me protègeront de la pluie. Je sors de la route. Le chemin vers le chantier est une piste de glaise rouge complétement détrempée et glissante mais j’arrive sous les panneaux solaires et je m’installe à l’abri, je mange, je protège mon téléphone. Au bout d’un moment, un voiture s’arrête au bord de la route et dépose un grand noir avec une veste de chantier. Je me dis que ce doit être le gardien du chantier qui va probablement me virer. Il vient vers moi l’air gentil. J’essaie de lui expliquer que je me suis arrêter pour me sécher et protéger mon téléphone.
Il ne parle pas français et mon arabe est très très limité mais nous nous comprenons et il me propose de venir dans sa cahute. Là, à ma grande surprise, sa femme était emmitouflée dans des couvertures et devait être inquiète des bruits que faisait un étranger sous les panneaux solaires ou peut-être qu’elle dormait. Ils me proposent de partager leur repas à savoir du thé et une galette de semoule. Je suis extrêmement touché par leur générosité mais ne sait comment leur exprimer. Des Chukrans très appuyés et une gestuelle de remerciement feront l’affaire. Je leur dis que j’ai déjà mangé pour éviter de taper dans leur frugal repas. J’espère ne pas les blesser en refusant une partie de leur hospitalité. Finalement je repars. Il m’aide à enfiler mes gants chauffants (impossible à mettre une fois qu’on a les main mouillé, pas étanche, fausse bonne idée). Je suis très touché par cette rencontre et cette générosité. Je ne fais pas de photos.
C’est reparti ! Direction Azrou
Après la pluie, la neige dans la montagne, encore une fois merci l’Ural sous la neige, c’est Top ! Dans la foret de Cèdres (magnifiques), les singes sont transis. A Azrou, je prends une chambre dans l’auberge-camping. Des cigognes partout.


Le lendemain en route vers Chefchaouen, la ville bleu
Trajet magnifique par de petites routes dans de la moyenne montagne entre le Jura et la Dordogne. Arrivée à Chefchaouen, toute bleue, enserrée entre les pics montagneux. Maaaaagnifique ! Petit hôtel en ville bien sympa, dîner chez Beldi Bab Ssou avec un terrasse sur toute la ville. J’ai adoré cette ville !


Départ pour Tanger
Crochet par Tétouan, nom magique, je ne sais pas pourquoi… (peut-être Tetouan Lamazzou). Je suis un peu déçu. La médina ressemble à celle des autres villes, mais le cimetière juif n’impressionne. Cependant, je ne suis pas allé jusqu’ à la mer.
Tanger, ville cosmopolite entre deux mondes qui m’a toujours fait rêver (peut-être le cinéma ou Paul BOWLES). Je suis séduit même par la Medina et surtout par le cimetière phénicien au bord de Atlantique et à partir duquel on voit la côte espagnole (vraiment magique) !



Hôtel un peu luxueux avant les nuits en bateau, juste en face des arènes de Tanger. Et oui les espagnols sont sérieusement passé par là. Puis route vers le port de Tanger. Attention, le port de Tanger Med est à 40 km de Tanger ville. L’Ural marche merveilleusement et s’affiche fièrement dans la queue du ferry à côté de moto plus paresseuse qui voyage sur remorque. Puis embarquement, et retour pépère jusqu’à Paris. A refaire plus vers l’Ouest du Maroc dès que possible.




Un grand merci à Ludovic pour avoir raconté son roadtrip. Si vous aussi vous avez fait un beau voyage en Ural et que vous souhaitez le partager, contactez-nous !